Le roman des Juifs de l'Inde

 

 

 


Une communauté méconnue fait irruption dans la littérature, anglais puis en français.Ceux qui connaissent Sonja Terangle comme collaboratrice efficace du CRIF lui sauront gré d'avoir fait oeuvre littéraire en traduisant de l'anglais le premier roman d'Esther David, qui est aussi le premier roman jamais consacré aux Juifs de l'Inde. Nous avons demandé à la traductrice de tracer le portrait de "son"auteur : on devinera , en contrepoint, la silouhette de l'héroïne du livre, et le profile de toute une communauté.

Esther David est née peu avant l'Indépendance de l'Inde , au sein d'une grande famille de Bene Israél, à Ahmedabad. Des trois communautés installés sur le sour-continent, Cochinis, Baghdadis, et Béné Israél, cet dernière serait la plus ancienne. Les légendes fondatrices hésitent entre leur arrivée par la Route de la soie, apre l'inquisition ou bien suite à la chute du Second Temple . Les traces les plus anciennes sot des tombes situées à Alibaus, sur la côte du Konkan, oû sont enterrées les victimes d'un naufrage que les Béne Isrraël considèrent comme leurs ancêtres. Comme Esther David le décrit dans son roman , ce naufrage n'a pas seulement emporté des femmes et des hommes mais également les livres de prière et objects de culte qu'ils transportaient. C'est ainsi que les Juifs indiens furent forcés de sauvegarder leur religion par la transmission orale. Deux millénaires durant, cette minorité , si infime qu'on pourrait la qualifier de microscopique, parvint néanmoins à préserver certaines prières en hébreux, à se souvenir du chabbat et des fêtes, à n'oublier jamais qu'il ne fallait pas mélanger le lait et lq viande, ni consommer de poisson sans écailles. Leur "découverte" par les Britaniques à la fin du siécle dernier , a recrée les liens perdus avec les autres communautés juives de Diaspora et leur a ramené un savoir religieux qui s'était dilué au fil du temps.

Avec son livre, Esther David s'attache à sauver de l'oubli la mémoire de sa communauté qui se réduit comme peau de chagrin . Car si des siècle durant, les Bene Israël n'ont jamais eu à frappé si violemment les autres communautés juives de par le monde, ils ont dû affronter de plus subtils périls. La jeune héroïne du livre est un reflet vivant de ces difficultés . Goutte d'eau dans le puissant torrent de la religion hindoue, qui a toujours su ingérer des pratiques venues d'ailleurs. Difficultés à trouver des conjoints juifs, surtout lorsque les mariages consanguins se trouvent décriés par la science. L'attrait du sionisme, plus tard.

Un foyer juif: Esther a vécu sa petite enfance dans la maison de son grand-pére paternel. C'est là que se situent les racines de son identité juive : auprès cde cette grand-mère paternelle, gardienne des traditions, que l'emmenait à la synagogue. Une grand-mere qui préparait des plats spéciaux pour fête juives, comme cette douceur à base de blé et de lait, version indienne de la pomme et du miel consommés à Roch Hachana, récitait le kaddich pour ses enfants morts et d'autres prières pour les examens réussis et autres occasions heureuses. La famille ne participait pas aux célébrations des autres religions et si cette vie était quelque peu recluse, Esther y apprit qu'elle vivait dans un foyer juif , qu'elle était juive. Mais elle fut arraché à cet environnement lorsque son père, reuben David, quitta le toit familial, avec son épouse et son unique enfant, pour fonder le premier zoo d'Ahmedabad. Tout était différent dans la nouvelle maison. Plus de faimille aux allures de tribu, protégée du monde extérieur par d'invisibles murs, plus de traditions juives palpables , mais un lieu ouvert sur les autres communautés, hindoue, musulmane,parsie. Volonté d'un père humaniste, imprégné de la philosophie des Lumières, fussent-elles celles des temples jains, et don’t l'attachement au judaïsme ne semblait se traduire que par cette volonté, constante et dernière, de"mourir en tant que Juif" . Pour Esther , il en résulta de terribles conflits. Conflits qui ne s'apaisèrent guère avec le temps , ni pendant sa scolarité, ni au cours de ces études d'art et de littérature. Conflits qui forment la trame de son roman.

Pourquoi? Comment résister à l'attrait de la religion, de la culture hindoue qui se matérialise de mille et une façsons? Fête de holi où les peaux se couvrent de couleurs chatoyantes, chants et danses don’t les rythmes vous emplissent le corps et l'âme, senteurs entêtantes qui s'immiscent dans vos narines. Beauté des divinités sculptées, si rézlles, si palpbales, si matérielles aux yeux de l'enfant à l'imagination vive, don’t le propre Dieu n'a ni nom ni visage. Pour Esther, qui s'appelle ainsi pour être née aux alentours de Pourim, ce fut une sorte de Mah Nichtanah de tous les instants. Pourquoi nos jours sont-ils si différents de ceux de nos voisins. Pourquoi notre Dieu n'est-il pas visible? Pourquoi mangeons-nous de la viande? Qui sommes-nous d'où venons-nous et où allons nous , l'an prochain à Jérusalem, pourquoi? Puis vint l'âge des premiers émois amoureux. Questions encore. Où trouver un garçson juif convenable, lorsque les filles ont souvent un niveau d'etudes supérieur au leur , que les parents développent des stratagèmes pour garder leurs filles auprès de leur vieillesse, que les jeunes hommes font leur alyah en masse et que, de surcroît , le systèm indien des castes s'est immiscé jusque dans les communautés juives, qui rechignenet à faire alliancec entre elles.

Enorme succès ; L'héroïne du livre d'Esther David se retrouve ainsi, seule, aux côtes de ses parents vieillissants et son refus d'engendrer une descendance, cet acte de stérilité , voulu ou non, incarne le éclin auquel est aujourd'hui vouée l'une desplus anciennes communautés juived du monde . Esther quant à elle, s'est finalement forgée une identité de Juive indienne, aussi double que solide. Elle a fait deux beaux enfants, a vécu en Israël et en France et a mené une carrière a facettes multiples, peintre et sculpteur, professeur d'histoire de l'art, journaliste. Elle a organisé de grandes expositions et s'est investie dans des programmes sociaux pour des jeunes filles en difficulté. Aujourd'hui , Esther David s'icrit dans la continuité et suit les traces de l'un des ces ancêtres maternels, Nissim Esekiel, poète de renom. Son premier roman qui vient de paraître en français , a connu un énorme succès en Inde. Elle s'apprête à publier un recueil de nouvelles chez Penguin India et achève actuellement son deuxième roman" if wishes were scorpions" : "si les souhaits étaient des scorpions".